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taubira murmures

Ca va mieux en le lisant… : Murmures un peu inaudibles

 

Bon, cartes sur table, j’avoue éprouver de l’affection et de l’admiration pour la pugnace Christiane Taubira, sentiments confortés à la lecture de ce petit livre, Murmures à la jeunesse.

L’ex-ministre de la Justice, désormais au premier rang des soutiens de Benoît Hamon, est une femme engagée avec de fortes convictions arrimées dans une analyse historique et politique éprouvée. C’est aussi une femme de culture et de plume : les citations foisonnent d’Edouard Glissant à René Char, de Nina Simone à Paul Eluard, de Jacques Brel à Maxime Le Forestier, de Mahmoud Darwich à Pablo Neruda… et j’en passe ! Le style est ciselé, alerte, le vocabulaire riche… mais (voilà le « mais ») sans doute ces Murmures à la jeunesse sont-ils trop murmurés, peu audibles pour les jeunes, ceci sans même observer que les auteurs cités supra appartiennent plutôt au Panthéon des séniors qu’à celui des juniors.

Christiane Taubira fait du terrorisme et de son traitement par l’Etat démocratique le sujet de cet opuscule qui commence par « l’erreur » reconnue du président Hollande concernant la déchéance de nationalité et se conclut par l’effet de sidération sur le gouvernement – « nous sommes abasourdis » – de l’attentat du Bataclan. Au bout des quatre-vingt-quinze pages, on reste sans réponse avec la question « Face au terrorisme, que peut-on/doit-on faire ? » Bien sûr sont évoqués un certain patriotisme, non antithétique de l’universalisme des Lumières, et le code pénal (trente ans de détention criminelle et 450 000 € d’amende pour toute intelligence avec une organisation étrangère ou tout acte d’agression contre la France), le symbole et le bâton… mais très peu quant au nécessaire travail pédagogique d’éducation populaire, par exemple la marche d’Abdelghani Merah (le frère de Mohamed Merah) ou le témoignage de Latifa Ibn Ziaten, la mère du premier soldat tué par le même Mohamed Merah en 2012.

Plutôt que murmurer, avec le risque d’être peu ou mal entendue, Christiane Taubira qui ne manque pourtant ni de courage, ni de moyens, ne devrait-elle pas parler haut et clair, avec force et vigueur ?

Pour finir, une belle citation d’Albert Camus, dans son discours de prix Nobel, trouvée dans cet ouvrage (p. 35) : « Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse.

 

Philippe LABBE

 

Christiane Taubira, Murmures à la jeunesse, 2017, Paris, Librairie Arthème Fayard, 95 p., 3 €